Chargement en cours
Ma sélection

Lot 14 - Plaque en ivoire sculpté en bas-relief, représentant le Voyage de Nazareth à [...]

Estimation : 50 000 € / 60 000 €

résultat non communiqué

Plaque en ivoire sculpté en bas-relief, représentant le Voyage de Nazareth à Bethléem.
Marie est représentée de face assise sur le dos, d’un âne fiuré lui de profi, l’antérieur gauche, légèrement levé ; debout sur la gauche, se tient, Joseph qui lui saisit la main droite surmontée, d’une plante portant deux branches entrelacées, dont l’une avec un fruit ; le fis de Joseph, né, d’une précédente union, conduit l’âne, tenant, sur l’épaule un bâton auquel est suspendu, un seau ; dans l’angle supérieur droit, les, remparts d’une ville surmontés de trois tours.
Une moulure plate encadre la scène ; languette, d’encastrement tout autour de la plaque.
Italie du sud, atelier de Campanie, fi du XIe/, début du XIIe siècle, H 9,7 × L 11,2 × P 1 cm
(quelques fentes, très petits manques, bordure, peut-être retaillée anciennement)
Cette rare plaque d’ivoire semble se rattacher au groupe des ivoires issus des ateliers, d’Italie du sud dont on situe la production dans les villes d’Amalf et de Salerne durant les, dernières décennies du XIe siècle jusqu’aux premières du siècle suivant. La scène du Voyage à, Bethléem se trouve ainsi interprétée presqu’à l’identique sur une des nombreuses plaquettes, conservées au musée diocésain de Salerne (fi. a). Ce célèbre ensemble de panneaux d’ivoire, au nombre d’une quarantaine est par commodité réuni sous le nom de paliotto (devant d’autel, ou retable en italien). Certains de ces petits panneaux ont été dispersés et plusieurs d’entre, eux sont dans des musées comme à New York, Paris, Berlin, Hambourg ou Budapest. Leur, destination première reste mal défiie et les historiens d’art pensent à un trône, un coffet, un, devant d’autel ou encore une porte. La plaque romane présentée ici pourrait d’ailleurs avoir, appartenu à une porte. Son bord extérieur - d’une couleur blanche par rapport à la moulure, plate plus jaune qui le surplombe - semble destinée à s’encastrer dans une rainure à l’image, des éléments de forme géométrique des portes fatimides de la même époque. On ne peut, écarter toutefois que cette bordure ait été retaillée très anciennement pour insérer la plaque, dans un plat de reliure ou un autre encadrement pour tout autre usage.
La scène du Voyage à Bethléem est un épisode du Nouveau Testament relativement rare, l’art chrétien l’a éliminé par la suite parce qu’elle faisait double emploi avec la Fuite en, Egypte avec laquelle on peut aisément la confondre. Elle serait la compilation entre le récit, de l’Evangile de saint Luc (5,1) et celui apocryphe de l’Enfance du Christ de saint Jacques
(17,2). Deux interprétations sont données au sujet de la plante aux deux branches entrelacées, tenue par Joseph et Marie : l’une serait la fiuration d’une branche fructueuse de vigne et, d’une branche stérile de palmier symbolisant la «synagogue stérile» et «l’église fructueuse», image populaire dans la culture médiévale, l’autre serait la coopération entre le chaste, Joseph et la femme enceinte qu’est Marie portant le Christ dans son ventre. Outre la plaque, de Salerne mentionnée plus haut, de composition identique mais de format plus carré, une, autre illustrant le même thème est connue dans les collections du musée de Cleveland (n°. inv. 1978.40). Sur fond d’architectures combinant des motifs islamiques et, byzantins, le groupe de personnages est semblable, sans toutefois la présence de la plante aux branches entrelacées (fi. b).
On connaît l’existence de répliques d’une même composition dans la production des ivoires médiévaux. L’époque carolingienne nous en donne plusieurs exemples.
On pense notamment à la plaque illustrant la Crucifiion et la Visite des saintes Femmes au sépulcre du Merseyside County Museum de Liverpool (M 8022) à la, composition identique en tous points à celle d’une autre plaque en ivoire conservée à l’Académie des Arts d’Honolulu (672.1). Pour le paliotto, on a la certitude que, les artistes salernitains se sont inspirés pour certaines scènes, en particulier la Nativité et les Noces de Cana, d’une autre œuvre, la «chaire de Grado». Les quatorze, plaques ou fragments d’ivoire recensés de cette chaire à présent détruite constituent un groupe cohérent dont on situe la réalisation à Alexandrie au cours du VIIe, siècle ou plus tard à Rome au IXe siècle. Les sources iconographiques des ivoiriers devaient être cependant très diversifies : toutes sortes d’œuvres contemporaines, ou plus anciennes pouvaient constituer une source d’inspiration comme les mosaïques, les fresques et le mobilier religieux sans oublier les manuscrits enluminés.
L’origine iconographique du Voyage à Bethléem ne semble pas avoir été précisément identifie bien que le thème soit apparu très anciennement comme nous le montre, une pyxide en ivoire conservée au Staatliche Museum de Berlin donnée comme Syrie-Palestine, VIe siècle.
La datation précise des ivoires comme la situation géographique des ateliers d’Italie méridionale qui les travaillaient sont toujours des sujets de discussion. Danielle, Gaborit-Chopin donne ainsi une date aux environs de 1084 pour la plaque du paliotto conservée au Louvre (OA 4052)
année de la consécration par Grégoire VII, de la nouvelle cathédrale de Salerne. La réalisation de cette plaque du Voyage pourrait donc se situer un peu après. Il n’est pas non plus possible de trancher avec, certitude sur le lieu précis de l’atelier où la plaque a été taillée. Son travail de sculpture se diffrencie de celui des ivoires réalisés avec une quasi-certitude à Almaf, ou à Salerne. Comme la plaque représentant le Songe de Joseph du musée des Antiquités à Rouen dont la facture est également originale, il convient de situer la, réalisation du Voyage à Bethléem dans un atelier de Campanie sans plus de précision.
Cette plaque demeure un précieux témoignage de l’art des tailleurs d’ivoire, de l’Italie méridionale à l’époque romane, à la croisée du monde occidental, et moyen-oriental. C’est ainsi que la simplifiation des volumes et la force, qui se dégage des visages, notamment celui de Joseph, relèvent de la, vieille tradition lombarde, que le dessin des vêtements et les attitudes des, personnages dérivent des modèles byzantins et les minarets au-dessus de, l’enceinte fortifie renvoient quant à eux à l’architecture arabe.
Ouvrages consultés : D. Gaborit-Chopin, Ivoires du Moyen Age, Offi du, Livre, 1978 ; R. H. Randall, Masterpieces of ivory from the Walters Art Gallery, Baltimore, 1985 ; De l’Egypte ancienne à la Renaissance rouennaise, Musée des, Antiquités, Rouen, 1992, cat.66 ; M. Gibson, The Liverpool Ivories, Londres, 1994 ; D. Gaborit-Chopin, Ivoires médiévaux Ve-XVe siècle, Musée du Louvre, Paris, 2003 ; P. Williamson, Medieval ivory carvings – Early Christian to, Romanesque, Victoria and Albert Museum, Londres, 2010 ; The Salerno, Ivories- Objects, histories, contexts, Berlin, 2016.

Demander plus d'information

Thème : Sculptures Ajouter ce thème à mes alertes